La Périostite

Madame M, 18ans, consulte pour une douleur au niveau du tiers inférieur du tibia depuis 6 semaines survenu après un entraînement de course à pied. Mme M est sportive et court tous les jours entre 5 et 10km. La douleur est présente à la course ainsi qu’à la marche, et reste présente malgré 1 semaine de repos totale (inactivité sportive). Lorsqu’elle est au repos, en décharge, elle ne présente aucune douleur.  Au niveau de l’examen clinique, les tests orthopédiques de genou et de cheville sont négatifs, il existe une sensibilité accrue sur la partie inféro-médiale du tibia gauche. Une échographie est réalisée montrant la présence d’un épaississement échogène (x2) du périoste tibial à son rapport avec l’aponévrose des loges postérieures, en faveur d’une périostite tibiale interne gauche.  

Qu’est-ce que la périostite ?

Le périoste est une fine membrane fibreuse et très vascularisée qui recouvre vos os (sauf au niveau des articulations). Il joue un rôle crucial dans la nutrition et la croissance de l’os.

La périostite est une inflammation de cette membrane, c’est en réalité le signe que l’os ne parvient plus à supporter les contraintes mécaniques qu’il subit.

La périostite la plus courante est la périostite tibiale interne donnant des douleurs localisées le plus souvent sur la face antéro-interne distal du tibia.

Il est important de noter que les muscles soléaire et tibial postérieur sont enveloppés par l’épimysium, une membrane conjonctive qui s’insère directement sur le périoste du tibia. Par conséquent, une dysfonction ou une sollicitation inadaptée de ces muscles génère des tractions excessives sur cette membrane. À terme, ces tensions se répercutent sur le périoste, provoquant une sensibilisation, voire une inflammation.

 

Il existe 2 types de périostite tibiale: 

  • la Périostite Tibiale Interne (95% des cas): se manifeste par une douleur sur la face interne (médiale) du tibia, dans le tiers inférieur de la jambe (juste au-dessus de la cheville interne). Elle est directement liée à la pronation du pied (le pied qui s’affaisse vers l’intérieur). Cette position étire mécaniquement le muscle tibial postérieur et le soléaire, qui tirent (à cause des fascias) alors sur le périoste à l’endroit exact où il est le plus fin. Le profil type : Le coureur qui augmente trop ses distances (non progressivement) ou le sportif qui reprend après une longue pause.
  •  La Périostite Tibiale Antérieure: se manifeste par une douleur sur la face avant et externe du tibia (sur le “tranchant” de l’os). Cause typique : Elle survient souvent chez les personnes qui marchent très vite, qui courent beaucoup en descente, ou qui ont une attaque du sol par le talon très brutale. Ce qui force le muscle de devant (muscle tibial antérieur permettant de relever le pied) à travailler en excentrique pour freiner la chute du pied

 

Comment la reconnaître ?

La douleur de la périostite est assez caractéristique :

  • Localisation : Elle se situe sur le bord interne ou antérieur du tibia, généralement sur le tiers inférieur ou moyen de la jambe.
  • Sensation : Une douleur vive, lancinante, parfois décrite comme une brûlure le long de l’os.
  • Évolution : Au début, elle apparaît au début de l’effort et s’estompe après l’échauffement. Si on insiste, elle finit par durer pendant toute la séance, puis s’invite même au repos ou lors de la marche simple.
  • Palpation : L’os est très sensible au toucher, comme si vous aviez un “bleu” permanent sur le tibia.

Pour confirmer le diagnostic nous pouvons avoir recours à des examens complémentaires tel que la radiographie (permettant de voir l’os) pour exclure un fx de fatigue par ex , ou l’échographie (permettant de voir les tissus mous ainsi que le périoste).

Quelles en sont les modes d’actions?

Il y a 2 théories actuellement qui se discutent par rapport à ce sujet : 

1 – La théorie fasciale: La traction musculo-fasciale ou l’effet “arrachement”

Vos muscles du mollet (le soléaire et le tibial postérieur) sont solidement ancrés sur le tibia via le périoste.

  • À chaque impact au sol, ces muscles se contractent violemment pour stabiliser le pied et absorber le choc.
  • Si le muscle est trop raide, trop fatigué ou si l’impact est trop brutal, il exerce une force de traction répétée sur le périoste.
  • À force de tirer, la membrane commence à se décoller micro-millimètre par micro-millimètre. C’est cette micro-avulsion (ce début d’arrachement) qui crée l’inflammation.

2 – La théorie osseuse: La surcharge mécanique (trop fort, trop vite ou trop longtemps)

On imagine souvent l’os comme un tube d’acier rigide, mais le tibia est en réalité flexible.

  • Lors de la course, le tibia subit une légère courbure à chaque foulée (en flexion).
  • Normalement, l’os se reconstruit plus fort pour résister à cette flexion (c’est la loi de Wolff = chirurgien allemand Julius Wolff au XIXe siècle: l’os est un tissu vivant qui se transforme en fonction des contraintes mécaniques qu’il subit.).
  • Cependant, si la charge est trop fréquente (pas assez de récupération), l’os n’a pas le temps de se réparer. Le périoste, qui est l’usine de fabrication de l’os en surface, se retrouve surchargé et s’enflamme sous la pression.

Les déséquilibres fonctionnels du membre inférieur peuvent aussi mener à une périostite (soit par l’effet arrachement ou par effet de surcharge que l’on vient de voir précédemment): 

  • Le manque de mobilité de la cheville : Si elle ne bouge pas assez (manque de dorsiflexion par exemple), le tibia doit absorber une onde de choc beaucoup plus sèche.
  • L’affaissement du pied (pronation) : Si votre pied s’effondre vers l’intérieur, cela force le tibia à tourner sur lui-même (rotation interne). Cette torsion supplémentaire comprime les muscles contre l’os, accentuant la traction sur le périoste.
  • La hanche paresseuse : Si vos fessiers ne stabilisent pas votre jambe, votre tibia subit des vibrations parasites que le périoste doit encaisser.
 
Quel traitement ? 

Nous avons traité Mme M au cabinet à l’aide de plusieurs techniques : 

  • Ondes de chocs : stimuler la cicatrisation du périoste/relâcher les tensions faciales par des ondes acoustiques, 
  • Glucopuncture : assouplir les fascias (épimysium) via du glucose isotonique afin d’avoir moins de contraintes, 
  • Champs magnétiques pulsés : améliorer la circulation et la régénération tissulaire. 


Après 3 sessions, Mme M ne présentait plus de douleurs à la marche, la pression directe sur le périoste ne faisait plus mal, elle pouvait sauter sur une jambe sans douleur. Une reprise progressive (= la clé) de la course à pied ainsi que du renforcement musculaire spécifique lui a été recommandée afin de laisser le temps à son corps de s’adapter face aux stress mécaniques qu’impose la course à pied.

Quelques conseils: 

Si vous ressentez ces symptômes, voici les premiers réflexes à adopter :

  • Repos relatif : Arrêtez l’activité déclenchante (la course, les sauts). Remplacez-la par des sports “portés” comme la natation ou le vélo pour maintenir votre cardio sans impacts.
  • Glaçage (Cryothérapie) : Appliquez de la glace sur la zone douloureuse pendant 10 minutes, 3 à 4 fois par jour, pour calmer l’inflammation.
  • Auto-massages : Massez doucement les muscles du mollet (et non l’os directement !) pour relâcher les tensions musculaires/myofasciales qui tirent sur le périoste.
  • Vérification du matériel : Jetez un œil à l’usure de vos baskets.

Il ne faut pas laisser une périostite s’installer, car elle peut évoluer vers une fracture de fatigue. Je vous conseille de consulter :

  • Dès que la douleur persiste au repos ou gêne la marche quotidienne.
  • Si la douleur ne diminue pas après 10 jours de repos relatif.

Article rédigé par :

Dr Gautier Tiberi DC, Chiropracteur

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